Free : la quatrième licence 3G acquise

7 jan 2010

Pour les néophytes, cela signifie que d’ici environ deux ans, selon Xavier Niel[1] vice-président et directeur de la stratégie d’Iliad, Free mobile attaquera le marché.

Il va s’agir d’un acteur très sérieux pour Bouygues Telecom, qui se dit toutefois « préparés » selon les termes d’Olivier Roussat, directeur général de Bouygues Telecom.

En effet, arrivés sur le marché de la téléphonie mobile en 1994, après France Telecom et SFR, ils ont réussis à s’imposer face à une concurrence bien ancrée et comptent aujourd’hui plus de 10 066 000 de clients au 30 septembre 2009 (soit près de 20% des abonnés mobiles en France). Leur stratégie était claire et simple : proposer des prix plus qu’attractifs à une population principalement étudiante, et ne cesser d’innover. C’est ainsi que Bouygues Telecom a été le premier à proposer le service des SMS (gratuit à l’origine entre les abonnés Bouygues jusqu’en 1997), la gratuité du répondeur, la présentation du numéro, et le fameux forfait Millenium en 1999[2].

Quant à Free, ayant une stratégie similaire en tant que fournisseur d’accès à Internet, Bouygues a en effet intérêt à œuvrer d’arrache-pieds pour que sa clientèle (qui sera donc principalement la proie de Free) ne change d’opérateur.

Suite à un lobbying très actif de Bouygues Telecom auprès du Président de la République, ce n’est pas sans embûches que cet appel d’offres s’est déroulé.

En effet, en février 2009, le prix de cette licence avait été fixée à 206 millions d’euros, puis augmenté à 240 millions en juin selon les recommandations de la Commission des Participations et des Transferts (CPT) saisie par le Gouvernement pour être de ce fait « inattaquables » (selon les termes de M. Luc Chatel[3] ) sur l’établissement du prix. Bouygues a déjà déposé deux recours au Conseil d’État, jugeant l’octroi de cette quatrième licence anticoncurrentielle, et France Telecom menace de saisir la Commission Européenne. Mais cette dernière s’est déjà dite favorable à l’entrée en France d’un quatrième opérateur mobile, alors que Nicolas Sarkozy avait énoncé la veille qu’il était :

« assez sceptique et réservé sur le choix d’un quatrième opérateur mobile, le prix le plus bas n’étant pas forcément le meilleur. »

Le vendredi 18 décembre 2009, date historique, l’ARCEP s’est prononcée sur la candidature de Free mobile[4]. Le fournisseur parmi les moins endettés d’Europe est entré dans la danse.

Les opérateurs existants ne semblent pas disposés à partager leur part du gâteau, et se concentrent d’ores et déjà sur la limitation de puissance des antennes relais, qui constituent un facteur crucial dans le déploiement du réseau de Free. Ainsi, Bouygues a annoncé[5] qu’ils étaient « prêts à [s']engager à ne pas dépasser le seuil de 6 volts par mètre dans les lieux de vie », ce qui permettrait par effet boule de neige de forcer indirectement Free mobile à faire de même, et donc canaliserait sa croissance. En dehors du respect nécessaire des règles de concurrence, tous les moyens seront bons pour encadrer ou ternir l’image de Free.  C’est ainsi que M. Roussat avait déclaré, dans ce même entretien, que depuis l’appel à candidatures « Bouygues Telecom a gelé toutes ses embauches » car « obligé de se préparer à l’arrivée de Free en réduisant ses coûts fixes ». Et si ce n’était pas tout simplement la crise économique qui avait gelé les emplois ? Bref Free n’a qu’à bien se tenir !

François-Xavier Joyeux

Notes et références

  1. M.-C. RENAULT et E. RENAULT, «Xavier Niel : «L’arrivée de Free va créer 10 000 emplois»», Le Figaro, 2009 [retour]
  2. Voir historique Bouygues Telecom [retour]
  3. L. CHATEL, Emission sur Radio Classique, 29 avril 2009 [retour]
  4. ARCEP, Communiqué de presse, 18 décembre 2009 [retour]
  5. M.-C. RENAULT, « Bouygues est prêt à agir sur les antennes relais », Le Figaro, 07.12.09 [retour]

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