Nouvelle action anti-piratage de la part de l’industrie du disque.

Le SNEP (le Syndicat national de l’édition phonographique) n’y va pas par quatre chemins et fait un doigt d’honneur aux pirates : « La musique gratuite a un prix ». Cette campagne de communication de la part du SNEP est censée être le dernier coup de semonce avant le début de la répression et donc des sanctions. Pour paraphraser une formule bien connue « le piratage tue le disque », du moins c’est ce que tentent de nous faire croire ses industriels.

Les ventes de disques ont chuté concomitamment en Europe et outre Atlantique. La faute au peer-to-peer si l’on écoute les grandes majors. La rentabilité de l’industrie musicale est menacée et par conséquent la foisonnement des courants musicaux aussi. Car bien entendu, quand un secteur va mal, on se repose sur les valeurs sures. Etre une valeur sure chez Universal veut dire vendre au moins 100 000 albums (parlez en à Alain Souchon).
Les chiffres de ventes de disques ont chuté de 21,4 % au premier trimestre 2004, enregistrant 223,6 millions d’euros contre 284,6 millions le même trimestre l’an passé. Dans cette période, il s’est vendu 31,2 millions de disques comparés aux 39,2 millions de disques au premier trimestre 2003, soit une baisse constatée de 20,3%. Les singles se sont vendus à 6,5 millions d’exemplaires, soit une baisse de 26%, et les albums à 21,9 millions d’unités, soit une réduction de 20,9

Pourtant tout le monde n’est pas de cet avis. Diverses arguments économiques ou juridiques avaient déjà été avancés pour dédouaner le peer-to-peer, mais c’est la récente étude de deux chercheurs d’Harvard qui fait office de pavé dans la marre.
La conclusion est sans appel : pris dans son ensemble, le peer-to-peer ne nuit pas aux ventes de CD. Dans le détail, Oberholzer-Gee montre même que le peer-to-peer dope les ventes des 25% d’albums les plus populaires. En fait, la seule catégorie qui souffre du peer-to-peer est celle des albums d’artistes peu connus [1].
A l’inverse du CD classique, les ventes de DVD audio enregistrent une progression de 75,5 % des ventes, ce qui représente 2,4 millions d’unités vendues l’années dernières. D’autre part, « Il s’avère que [2003] était la quatrième meilleure année en termes de ventes de disques, depuis qu’on les mesure. (…) Les concerts ne se sont jamais aussi bien portés » [2]. De la même façon, les ventes de DVDs vidéo ont elles aussi explosés (qui n’a pas vu un article sur le sujet au lendemain des fêtes de Noël ?). On ne nous avait pas dit que le Div-X allait tuer l’industrie du cinéma ??
Un grand nombre des arguments des grandes firmes ne tiennent pas compte de données objectives, et tentent de diaboliser le piratage, comme le montre la revue Terra Economica.

Est-ce donc seulement la faute des affreux pirates (que nous sommes tous) si le Compact Disc se meurt ? Lorsque le CD a remplacé la K7, personne n’a pleuré cette dernière. Se pourrait-il que le Compact Disc en tant que support soit simplement arrivé au terme de sa vie. Dans la mesure où l’intégralité de nos discothèques sont maintenant passées au CD (après être passé de la cassette au Vynil), seules les nouveautés se vendent. De plus, les consommateurs que nous sommes sont à la recherche d’une réelle valeur ajoutée, la seule musique ne nous suffit plus (et pour cause, elle est disponible gratuitement sur le Web).
Ce n’est pas la musique qui souffre du piratage mais le support de celles-ci. Le piratage ne fait pas que nous nous désintéressons de la musique, mais simplement du CD.

La peur du gendarme changera-t-elle un pratique du téléchargement qui est maintenant passée dans les moeurs ? Est-il judicieux de poursuivre ses propres consommateurs, et de tenter des faire des exemples (Cf. cet article et cette récente condamnation) ?

L’avenir nous le dira, avis aux principaux intéressés…

 

[1] Allez consulter le résumé de l’étude de Felix Oberholzer-Gee et Koleman Strumpf

[2] Rodolphe Buet, directeur du disque à la Fnac (ZDNet, 29 mars 2004)

Merci à Sébastien Canevet pour nous avoir transmis l’article de Terra Economica.
Merci à Marie et François-René pour le débat de ce matin :)
Merci à Nicolas pour l’URL de la récente condamnation.

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